Le joli cahier de… Julie

18 Juin 2018 | le joli cahier de...

Souvent tendre, parfois proche du poétique, quelquefois plus incisive quand la colère et la révolte grondent… la plume de Julie Flamingo me laisse rarement indifférente.  C’est sur Instagram que vous pouvez la lire, là où elle partage ses émotions, ses coups de coeurs, ses questionnements.  Férue d’écriture, amoureuse du papier, elle a laissé un job dans les ressources humaines, qu’elle aimait pourtant profondément, pour laisser libre court à ses passions et se consacrer entièrement à la collection de City Guide qu’elle a initiée et qui, ai-je besoin de le préciser, est faite de papier. Loin de n’être qu’un assemblage d’adresses, ces guides sont au contraire intimement liés à sa pratique de l’écriture. Pas une rue de Nantes ou Bordeaux qu’elle n’ait arpenté carnet et crayon en main pour consigner les mille et un détails, saveurs, odeurs, rencontres qui font l’originalité et le sel des itinéraires urbains qu’elle propose. Et c’est à la manière d’un écrivain qu’elle s’est enfermée tout l’hiver dans sa tanière pour jouer avec les mots et donner naissance au tout dernier opus de la série consacrée à Paris. Non, décidément, la pétillante et sensible Julie Flamingo ne pouvait échapper à l‘interview Joli Cahier. Nantaises toutes les deux, c’est donc chez elle qu’elle m’a reçu. Elle m’a montré des boites pleines de papiers, carnets et cahiers en tous genres, comme autant de souvenirs de voyages, de découvertes et d’instants de vie. Nous avons parlé de changement de vie, d’écriture, de passion, d’Instagram… c’était à son image, chaleureux et sincère.

 

« Quand j’étais salariée, je me servais beaucoup de cahiers, contrairement à l’immense majorité de mes collègues. Il me semblait inenvisageable de recruter quelqu’un, de l’écouter et de chercher à savoir qui était cette personne tout en étant derrière l’écran de mon ordinateur, tapant sur mon clavier. C’est comme le médecin qui ne te regarde pas pendant que tu lui racontes tes problèmes ! J’ai toujours pris des notes, à la plume pour le plaisir du contact de l’encre sur le papier.  Je trouve aussi que cela donne du style et du caractère à l’écriture, cela marque les choses d’une manière différente, c’est plus agréable à relire. C’est comme les livres : je n’utilise pas de liseuse. Tout le monde en dit le plus grand bien, mais j’ai besoin d’avoir l’objet entre les mains. Je ne me verrai pas ne pas en avoir dans ma valise quand je pars en voyages. Et puis le papier à un touché, une odeur, chaque fois différent. {À cet instant, Julie me montre un livre} Je t’ai préparé celui-ci car il a été écrit par mon papa : j’imagine que c’est un peu aux origines de tout ça, quand même ! Je ne suis peut-être pas si numérique que cela… et toujours ce besoin de contact avec le papier. »

 

Et aujourd’hui dans ta nouvelle vie professionnelle, quelle place occupe le cahier ?

«  J’ai, depuis l’été dernier, un cahier de la marque the Traveller’s Notebook, qui, comme son nom ne l’indique pas, est japonaise. Il m’a été offert par ma maman et m’a servi à préparer mon guide sur Paris. Il a une très belle couverture en cuir et il est très pratique puisque que l’on peut composer son intérieur comme on le souhaite grâce à divers accessoires. En ce qui me concerne j’ai par exemple choisi des pochettes transparentes zippées pour y glisser toutes les cartes de visites et flyers que je récolte au gré de mes visites. Ensuite, on choisit son type de cahier, ce qui revient à ton envie de proposer du lignée, du blanc, une grille de points… je le glisse dans mon sac, il ne prend pas beaucoup de place, c’est un très bel objet d’autant plus qu’il commence à se patiner. C’est devenu pour moi un véritable outil de travail et je n’aime rien tant, quand je suis en repérage, que vider les pochettes de tous les trésors accumulés au long de la journée. Faire ce tri m’aide à faire le bilan de ma journée. Je complète ce travail d’accumulation et de notes par la photo, que je pratique depuis que mon papa m’avait offert un petit Kodak en plastique alors que j’avais 6 ans. J’en fais beaucoup, beaucoup car c’est une façon pour moi de graver des émotions et c’est très important d’avoir ce support quand je passe à l’écriture du guide. »

 

Cette passion du papier et de l’écriture, tu la fais remonter à quand ?

« Depuis toujours… comme Ange, l’un de mes fils qui aime ça aussi ! Contrairement à ma soeur et mon frère, j’ai depuis longtemps ce goût des cahiers. Ma soeur aime bien quand je lui offre un joli cahier, mais je ne pense que, d’elle-même, elle irait fouiner pour en trouver un. Ça, je le tiens clairement de ma maman : je l’ai toujours vu faire des carnets de voyage par exemple. Elle passe sa vie à récupérer du papier, à le découper, le retravailler pour en faire des collages dans ces cahiers. C’est elle qui m’a appris à faire les miens. Elle enseignait l’art plastique, elle m’encourageait à dessiner lors de nos vacances, et c’est aussi comme ça que je me suis mise à l’aquarelle.C’était un environnement propice, qui a sans doute fait écho à une sensibilité que j’avais et qui a trouvé là un terrain d’expression. Et puis, bien sûr, j’ai tenu un journal intime, ceux avec une petite clé. Pour l’anecdote, j’écrivais même celui de ma soeur ! J’ai commencé petite, mais c’était assez sporadique au début. C’est devenu plus intense en 6ème, 5ème, quand je consignais mes premiers émois amoureux. J’ai fini par abandonner un peu plus tard en 4ème je pense. Aujourd’hui, j’ai toujours un journal, mais pas un intime. C’est un cahier des kifs. Je l’ai commencé après la lecture du livre « 3 kifs par jour » de Florence Servan Schreiber. Je ne le fais plus au quotidien, mais j’ai une période ou je le tenais intensément. Je suis vraiment persuadée que cela a entamé chez moi une reconversion de celle que j’étais. À partir de cette expérience d’écriture, quelque chose a bougé en moi et j’ai vu la vie différemment. J’ai appris à savourer davantage l’instant, à remarquer les petits bonheurs, un café, un rayon de soleil, une jolie fleur, un câlin avec mes fils… chercher chaque jour ce qui a enchanté ma journée pendant plusieurs mois, a rendu cela assez instinctif. C’est très simple à mettre en oeuvre, à la portée de tous. Quand j’ai démarré, mon fils aîné avait deux ans et je lui ai appris à finir sa journée avec du positif, au moment du coucher. C’est très sain et il dort très bien ! »

 

 

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Que te procure cette écriture ?

« Un sentiment de bien-être, c’est sûr. Parce que ce sont des choses positives, parce que je me remémore un moment de sourire, de sérénité, de paix et l’écrire, c’est comme le revivre. Ce que j’aime aussi, c’est que non seulement cela me fait du bien, au moment où je le fais, mais c’est aussi hyper plaisant à relire quelques années après. »

À cet instant, Julie me montre un carnet de kifs datant de 2013. Elle le feuillette, s’arrête sur une page.

 

« Tu vois, il y a pile cinq ans, je peux retrouver que j’étais en préparation de notre voyage à San Francisco. Le kif du jour était d’avoir réservé un hôtel vintage avec des fauteuils Eames en fibres de verre dans la forêt de Big Sur ! Voilà exactement ce que je te disais : cinq ans après, je revis le même plaisir à la lecture de ces lignes. »

 

Tu as d’autres pratiques d’écriture au quotidien ?

« Oui, car mon Instagram est très « écrit ». Deux, trois fois par semaine, je prépare des textes car pour moi ce réseau social a toujours été l’alliance de l’image et des mots. Hier soir, par exemple, j’ai passé une heure à rédiger un texte pour parler du travail que je fais. Ce qui est curieux, c’est que quand je rédige pour Instagram, je n’écris pas directement sur l’appli : je consigne mon texte sur mon téléphone dans un mail, que je m’envoie à moi-même. De façon générale, quand je prépare un contenu dont la finalité est un support numérique, je le fais soit sur mon smartphone, soit sur mon ordinateur. C’est aussi vrai pour la rédaction de mes guides : même si toute la matière première vient de mes notes manuscrites, je rédige sur traitement de texte. Chaque phrase est tellement travaillée, chaque mot si pesé, que c’est un outil indispensable pour moi : j’ai besoin de cette souplesse, de pouvoir effacer, recommencer, copier-coller, bouger un mot, une virgule… »

 

Tu livres beaucoup de tes émotions et ressentis dans tes textes sur Instagram, dans lesquels tu imprimes aussi un vrai style « intimiste ». Tu t’es questionnée par rapport à cela ?

« Au démarrage de mon compte Instagram, j’étais encore salariée, donc évidemment c’était tout le côté personnel qui primait et pas du tout l’aspect professionnel. Donc forcément je parlais de chose plus intimes et ma communauté n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui ! Donc, je ne me posais pas vraiment de questions. Aujourd’hui, si ! J’ai du mal à trouver un équilibre : comme mon compte a démarré sur des bases très perso et qu’aujourd’hui c’est aussi un outil professionnel, j’ai énormément de mal à placer le curseur. Mais j’y travaille ; j’ai par exemple décidé de ne plus parler ni montrer mes enfants. Avec 30 000 followers, ce n’est plus anodin. En revanche, je continuerai d’écrire sur mes émotions, sur les gens que j’aime car cela me nourrit. Je pense que celles et ceux qui me suivent sont en phase avec cette sincérité et cette authenticité. Je ne me vois pas ne plus parler d’amour par exemple, je ne peux pas me couper de cela. Cela pose la question de qu’est-ce que l’intimité et de l’idée que chacun s’en fait. Je n’ai pas forcément le sentiment de dévoiler trop d’intime : je ne raconte pas ma vie, les autres ne savent pas ce qui se passent dans mes murs, qu’est ce qui se passe dans ma vie… Certes, je raconte des choses, je partage des sentiments, c’est tout.  C’est quand même parfois une sorte de duel intérieur : où se trouve la limite ? Qu’est-ce-que je raconte ou pas ? C’est très complexe, car c’est très propre à chacun. Et en même temps tout mon travail repose sur une approche extrêmement subjective : le « je » est inévitable.  C’est aussi cela qui provoque les interactions. On me demande d’ailleurs souvent pourquoi je réponds aux commentaires, aux messages, pourquoi j’y passe tout ce temps. Mais parce que c’est un réseau SOCIAL. Je ne suis pas sur Instagram pour montrer ô combien ma vie est géniale, mais pour créer des interactions, des échanges, sinon tout cela sonnerait bien creux. Sinon, autant tenir un journal intime toute seule dans son coin !

 

Est-ce que tu consignes tes projets, ta stratégie pour ton entreprise, tes city guides sur le papier ?

« Connais-tu ce très beau carnet de projets que l’on m’a envoyé, édité par 23H59 éditions ? Je me suis dit, c’est génial, je vais tout pouvoir coucher sur le papier… sauf que cela demande un temps quotidien important. J’ai donc commencé, rempli les trois premières pages. Mais je suis malheureusement dans une urgence de temps qui fait que, justement, je n‘en prends pas assez pour faire cela. J’aimerai beaucoup, et j’ai donc pour objectif de m’atteler à la planification à long terme de mes projets professionnels. D’autant que ce carnet est l’outil parfait pour le faire, car, si je ne l’ai pas encore beaucoup utilisé, je l’ai lu : je trouve la méthodologie géniale ! Mais cela ne peut pas et ne doit pas se faire dans l’urgence. S’imaginer à 10 ans, ne s’improvise pas. »

 

Ton grand exercice d’écriture reste celui de tes guides, dont, tu le disais tout à l’heure, chaque mot est choisi avec soin. Comment écris-tu ?

« Au démarrage, quand les idées doivent naître, j’écris dans le silence. Ensuite, quand le processus est enclenché, j’écoute de la musique car elle me porte. Il m’arrive même de pleurer dans ces phases car certains morceaux me prennent aux tripes : cet accord entre la musique, et l’écriture me fait vivre un moment très intense, riche en émotions, presque spirituel. Le défi que je me lance est de décrire d’une façon très singulière chaque adresse de mon guide… en cinquante mots seulement. Par exemple hier, j’ai passé la journée sur le texte d’une seule d’entre elles. Chaque mot compte, je fais un travail important sur le vocabulaire, les synonymes. Je dois par exemple parler de trente-cinq restaurants, non seulement sans jamais dire la même chose, mais sans dire ce qui l’a déjà été par d’autres ! Ce qui est important, c’est, qu’avec ces quelques lignes, je dois réussir à embarquer le lecteur, qu’il voyage à l’adresse indiquée rien qu’en lisant et surtout qu’il est envie de passer la porte. C’est pour moi un exercice bien plus dense et difficile que de rédiger trois cents mots pour Instagram par exemple.

J’adore écrire la nuit. Evidemment, la plupart du temps, je dors ! Mais quand mon conjoint est absent, comme en ce moment par exemple, je raffole de cette ambiance de travail : les sons et les lumières nous arrivent différemment et je me sens très créative, comment connectée puissance dix à mes émotions. Bien sûr, ce n’est pas mon quotidien, mais dès que je peux, je l’expérimente ! Sinon, je n’ai pas de moment particulier, c’est quand le flow est là. Je ne me force jamais. »

 

 

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Comment aimes-tu tes cahiers ?

« Il faut avant tout qu’ils m’inspirent. Soit la couverture, soit le papier. J’aime bien quand l’intérieur est vierge, ou avec des lignes très discrètes. J’en possède de tous les formats, les plus petits pour les glisser de façon très pratique dans le sac. J’ai aussi des cahiers que je trouve tellement beaux que je n’ose pas écrire dedans ! J’en achète partout, tout le temps. Et comme je suis vraiment folle de papier, je prends même les petits blocs que l’on trouve dans les chambres d’hôtels… L’amour du papier va chez moi de paire avec celui des crayons et stylos : j’en ai aussi beaucoup et je t’avoue même que je les classe par couleurs ! J’aime bien aussi pour mes voyages les cahiers ou carnets auxquels je peux ajouter des pochettes.

 

Pour finir, Julie, les deux questions rituelles de cet interview « Joli Cahier » : as-tu une phrase fétiche à partager ?

il y a des fleurs partout pour qui sait les voir

«  Oui, et j’ai même trouvé un cahier sur laquelle elle est écrite ! Il s’agit de ces mots d’Henri Matisse  – il y a des fleurs partout pour qui sait les voir – Je trouve qu’elle correspond parfaitement à la vision de la vie que j’ai envie d’avoir. »

 

De quel personnage aimerais-tu lire le cahier ?

« Ceux qui me connaissent ne seront pas étonnés : j’aimerais pouvoir tenir entre mes mains le journal de Frida Khalo. Je l’imagine écrit avec le cœur et le sang, angoissé et passionné, foisonnant et coloré. »

 

Un grand merci à Julie pour cet échange à coeur ouvert. Si vous souhaitez profiter de sa jolie plume, vous pouvez bien sûr la suivre sur son compte Instagram Julie Flamingo mais surtout joindre l’utile à l’agréable en découvrant ces city-guides originaux et inspirants. Après Nantes et Bordeaux, Paris est désormais disponible : vous les retrouvez ici