Le joli cahier de… Oriane

28 Avr 2021 | le joli cahier de...

Oriane a 41 ans, elle habite Angers. Nous sommes rencontrées en novembre 2018 lorsqu’elle m’a fait le plaisir de m’inviter à prendre la parole dans son podcast « Avez-vous choisi  ?». J’ai tout de suite senti beaucoup d’affinités avec elle. C’est une femme caméléon : aujourd’hui coach professionnelle, médaille d’or du conservatoire en flute traversière à 18 ans, mais aussi pianiste, chanteuse et musicienne à ses heures dans un groupe monté avec un ami, férue d’art en général, elle arpente les brocantes pour s’adonner à la passion de la chine. Elle pratique le cross fit, a couru la Spartan Race aux USA (courses à obstacles). J’apprécie son tempérament déterminé, savant mélange de force et de douceur, ses valeurs d’engagement et d’écoute et nous nous sommes rapidement trouvées sur la même longueur d’onde puisqu’elle était en pleine réflexion sur son changement de vie professionnelle au moment où la mienne prenait un tour nouveau avec la création des Jolis Cahiers. Et puis, bien sûr, il a été très vite question de l’écriture et de ses bienfaits, une conviction que nous partageons. Tout cela nous a conduits à rester en contact au fil des mois. Je m’étais promis de l’écouter parler de son rapport aux mots et à l’écrit : ce fût chose faite en janvier… 2020 ! Depuis notre entretien dormait dans les pages de mon cahier de notes, ma vie d’entrepreneure ayant été bousculée par ce que vous savez, sans avoir pris le temps de vous partager notre échange, ce que j’ai plaisir à faire aujourd’hui. Je vous propose donc d’entrer sans plus attendre dans le joli cahier d’Oriane, avec un détour sur son parcours atypique…

Qui es-tu Oriane ?

Jai suivi des études littéraires, alors que, bonne élève, on mincitait plutôt à morienter vers un parcours scientifique. Après un Bac L, jai donc fait le choix daller vers ce qui me plaisait vraiment, avant de penser aux questions de performance, de destinée ou même de métier, sans me préoccuper de ce qui mouvrirait le plus de portes. Javais envie de lire, dapprendre des langues, de faire de la philo, car je pressentais que cela me plairait. 

 

 — D’écrire peut-être aussi ?

Oui, d’écrire déjà ! Jai toujours aimé ça : le geste de l’écriture sur le papier, les cahiers… Jadorais préparer mes cahiers à la fin des grandes vacances. Il y avait vraiment un moment dexaltation qui contribuait à la joie de la rentrée. 

Je me suis donc retrouvée en classe prépa littéraire, l’écriture est devenue centrale, je produisais des dissertations au kilomètre, sous format contraint. C’était intéressant, intense en termes de rythme et dapprentissage. Mais par la force des choses, jai perdu de vue, à ce moment, l’écriture plaisir.

 

— Cela ne ta pas « dégouté » de l’écriture ?

Non. Même si plus tard jai pris conscience de cet éloignement, et que jai voulu renouer avec l’écriture pour moi, j’étais quand même dans la joie dapprendre, d’écrire.

Ensuite, jai poursuivi mes études par une spécialisation en anglais. Après une année Erasmus en Angleterre jai intégré l’École Normale Supérieure avec le projet de matteler à ma thèse et pour préparer lagrégation qui devait naturellement memmener vers le métier denseignante. J’étais sur des rails, mais au fond, je savais déjà que ce n’était pas la voie qui mappelait ! Jadorais apprendre, mais je gravitais dans un univers très déconnecté de la vraie vie. Je me souviens quaprès avoir passé les écrits de lagrégation, je préparais les oraux tout en me disant que je n’en avais pas du tout envie ! Mais sans savoir ce que je voulais faire dautre. Juste que je voulais me consacrer à des choses plus concrètes : la vision très livresque de la vie ne me nourrissait plus comme je lespérais.

Alors, jai tapé dans Google : anglais, offre demploi et je suis devenue prof danglais… dans La Marine Nationale. Durant deux ans, jai été officier instructeur chez les fusiliers marins commandos à Lorient. Il sagissait de former les forces spéciales qui sont projetées sur le terrain. Je voulais de lopérationnel, jai été servie ! Cerise sur le gâteau, moi qui en rêvais depuis l’âge de dix ans, jai pu passer mon brevet de parachutisme. Ma famille a été surprise de ce choix, que jai fait parce que cela avait du sens, mais sans pour autant imaginer une carrière militaire pour le reste de ma vie. C’était une expérience riche à tout point de vue. Jai rencontré des gens avec des expériences de vie incroyables, très engagés, qui mont fait confiance pour contribuer avec mes compétences à faciliter leur travail et développer leur expertise. Bon, il y avait aussi des personnalités plus compliquées ! Ces années mont mises sur la voie de ce que je cherchais : utiliser langlais, que jadore pratiquer, comme un outil au service dune mission et non pas comme un objet denseignement ou de recherche. Jai donc repris mes études pour faire un master en management interculturel. Jai ensuite intégré différents grands groupes pour des missions transversales dans le domaine de la RSE notamment. Langlais était ma langue de travail au quotidien.

 

Si nous parlions un peu cahier et écriture…

Longtemps, ils ont été associés au monde de l’école. Après mes études, ils ont intégré ma sphère privée. Jai continué à utiliser des cahiers pour moi. Jai toujours un carnet dans mon sac pour prendre des notes. Curieusement, dans mes premiers jobs, ils ont disparu de mon quotidien professionnel : je trouvais plus pratique daller en réunion avec mon ordinateur portable. Puis, quand jai commencé à réfléchir sur ma reconversion, à travailler sur le podcast, je suis naturellement revenue vers le papier. Jai différents cahiers qui correspondent à des sujets, projets différents. Ce qui a vraiment monté en puissance depuis trois, quatre ans cest le cahier qui me sert à ma routine d’écriture quotidienne. À ladolescence, qui na pas été une période très facile même si cela ne transparaissait pas, j’écrivais beaucoup. C’était une pratique cachée, de lordre du journal intime : surtout que personne ne tombe dessus ! Javais énormément de questionnement intérieur et donc mon cahier était vraiment un compagnon de route et un exutoire. Javais besoin de lui, car je me confiais très peu. En le relisant vers 19 ans, jai constaté que ce que jy couchais était assez négatif. J’étais constamment dans ce qui n’allait pas. Cela ne ma pas plu du tout plu de relire ça et j’ai brûlé mes écrits. Je nai pas eu envie de garder ces traces de doutes, de mal-être. C’était peut-être un peu cathartique quand jy repense ! 

Suite à cet épisode, je nai pas du tout pratiqué d’écriture intime pendant des années. Puis, jai senti le besoin de la réintégrer dans ma vie. Cela sest fait crescendo. Jai commencé par noter des petites choses, puis de plus en plus.

 

Est-ce quun élément particulier a déclenché ce retour à l’écriture de soi ? Tu tes dit, il faut que je my remette ?

Lenvie est venue ponctuellement au début, puis sest faite plus pressante avec la volonté de ne pas me cantonner à ce qui ne va pas, mais plutôt de construire ma pensée et mes envies par l’écrit. Jai constaté au fil des jours en quoi cela maidait à clarifier non pas ce que je ne veux pas ou plus, mais plutôt ce que je veux vraiment. Je suis convaincue que l’écriture ma aidée à faire un pas de côté. À ne plus être prise dans lengrenage du quotidien, à appuyer sur pause, à prendre quelque minutes pour me questionner, poser deux, trois idées. Cest devenu de plus en plus nécessaire. En parallèle, lidée du podcast, ma formation au coaching, le fait que je commence à envisager de lancer mon activité indépendante ont nécessité que je crée de lespace pour y réfléchir. Le faire noir sur blanc, et non plus sur lordinateur, ma aidé à mapproprier cette vision nouvelle qui se dessinait. Écrire sur un clavier a un côté très efficace, productif. Mais quand je crée, le papier est plus efficient pour moi. Jai lu récemment une étude qui démontre que le fait d’écrire ses objectifs et ce que lon veut vraiment dans un cahier augmente de 42 % la chance de réussir à les atteindre. Je trouve que cest extraordinaire. Je suis convaincue depuis très longtemps du pouvoir des mots. Il y a là le premier pas du passage à laction. Écrire est donc pour moi un outil extrêmement important et puissant. Ce qui ma confortée cest aussi la lecture du livre Libérer sa créativité de Julia Cameron, qui évoque la pratique des pages du matin. Il y a eu pour moi convergence entre mon expérience de cette pratique et ces données extérieures qui ont renforcé ma conviction de devoir morganiser pour laisser de la place à l’écriture dans ma vie. Cela ma permis d’être plus en phase avec la personne que je voulais être, vis-vis de moi et mes proches. Je sais maintenant que l’écriture est un médium important pour moi. 

 

— Aujourdhui, gardes-tu tous ces cahiers ?

Oui. Je ne reviens pas forcément sur tout ce que j’écris, mais jaime à dire que cela maide dans ma cueillette des étoiles filantes. Jai envie de capturer des idées, des mots, des phrases qui passent et jai ainsi le sentiment de les graver en moi, même si je ne les relis pas. Ce qui nest pas du tout le cas quand je prenais des notes sur mon smartphone par exemple.

Je jette plus facilement un oeil à mes cahiers projets, notamment quand je suis en phase de construction. Comme jy laisse fuser mes idées, jy trouve régulièrement des inspirations. 

Ceux de ma routine, je ny retourne quasi jamais. En revanche quand jen ai fini un, je le parcours quand même rapidement : jaime bien vérifier s’il y a des éléments récurrents ce qui est intéressant pour repérer des thèmes émergents, de la matière qui peut maider à progresser, me donner des idées pour le podcast ou mon métier de coach. Je minterroge sur ce quil adviendra deux quand je serai morte. Ces écrits sont de moi à moi. Ils ne sont pas cachés, mais je n’ai pas envie que quelquun lise tout ça. Est-ce que je dois tout détruire tout au fur et à mesure ? Je nai pas encore décidé. En tout cas je ne veux pas que la peur qu’ils soient trouvés soit un frein, que cela m’impose d’adapter mon écriture. Je veux que cela reste libre, pas de contrainte, ni dans la forme ni dans le fond.

 

— Comment écris-tu dans tes cahiers ?

Dans mes pages du matin, cest assez linéaire, sans souci du style et de la belle phrase ! Le fond est plutôt tourné vers des sujets personnels bien quil marrive dy noter quelques idées pros sous forme de listes. Dans mes cahiers projets, cest assez varié. Il sagit souvent de mots, de bout de phrases, de listes, mais je fonctionne aussi beaucoup avec le mind map qui maide à structurer mes idées et que je trouve très efficace. Je lutilise même pour préparer mes vacances par exemple. Je messaie aussi au sketch notes, mais je nai pas encore passé le cap de lintégrer complètement dans mes habitudes.

 

Tu es coach professionnelle, l’écriture fait-elle partie de ta boite à outils ?

Oui, car écrire donne une puissance à nos mots et à leur choix. Quand on démarre un coaching individuel, on part pour une aventure de huit mois. Il est important de définir précisément lobjectif et de clarifier le « quest-ce que je veux vraiment ». Cela passe bien sûr par un échange verbal, mais le fait de l’écrire donne encore plus de poids, permet daffiner la pensée, d’affirmer le sens et active la motivation puisque lon cherche la formulation la plus personnelle possible. Cest aussi une façon dancrer le but et de marquer un engagement avec soi. Cest pour ça que je remets à mes clients un cahier pour les encourager dans cette voie de l’écrit. Cest pour moi essentiel, car on oublie très vite ce qui est important, ce qui nous a marqués, aidés, ce que lon aime… Prendre lhabitude de noter des moments clés, des jalons, permet de matérialiser une évolution. Se dégager du temps pour écrire, cest une façon de se créer un espace, de prendre soin de soi, de se choisir. Bien sûr, cest une proposition que je fais, un moyen que je mets à leur disposition. Mes clients lapprivoisent ou pas. 

 

Sil tarrive de ne pas pouvoir écrire, comment te sens-tu ?

Jessaie den faire une pratique quotidienne, le matin, autant que possible. Cela démultiplie ma capacité à être présente à ce que je fais, à être efficace. Si je fonce tête baissée dans ma journée au cours de laquelle je ne fais que réagir à ce qui se passe autour de moi, je serai dans un rythme qui nest pas le mien. Comme je suis une perfectionniste en voie de guérison, jai appris à ne pas être prisonnière de cette routine. Jen retire beaucoup de bienfaits, mais elle doit rester à mon service. Cest un point de vigilance, car au début quand je manquais ce rendez-vous, je men voulais de ne pas lavoir honoré. Je me suis détachée de ces pensées avec lintention que l’écriture reste à sa place : un outil à mon service. Ainsi parfois, je vais écrire le soir si je nai pu le faire avant ou je vais passer deux, trois jours sans toucher à mon cahier. Ce qui est certain cest que jai dorénavant un lâcher-prise sur le sujet. Néanmoins, cela me manque beaucoup quand je ne peux my adonner. Car cest justement les jours où le rythme est un peu dingue, où je compose avec des exigences familiales, professionnelles que jaurai le plus besoin d’écrire ! Si jarrive à maccorder du temps pour le faire ces jours-là, cest hyper puissant. Ce que je mets en œuvre et qui fonctionne bien, cest définir ma limite basse : trois, quatre pages. Si au moins je fais ça, je sais que jai pris lespace qui mest nécessaire. Un interstice peut suffire, parfois j’écris trois lignes, mais je lai fait. Ce nest pas tant écrire pour écrire, mais le respect de soi que cela représente. Je le décide, je prends le pouvoir, pendant ce laps de temps jai la main, je fais quelque chose qui me nourrit, qui alimente mon énergie.

Comment aimes-tu tes cahiers ?

Le format A5 est mon préféré ; il est pratique, il se glisse partout. Après avoir longtemps écrit sur des cahiers lignés, je préfère maintenant la grille de points. Elle procure un repère visuel qui permet d’écrire droit et de faire des schémas, des croquis. Pour mes projets pros, jaime les couvertures unies, mais avec des couleurs flashy. Pour le perso, je fonctionne au coup de cœur, jachète beaucoup de cahiers, les papeteries me font saliver et jen ai toujours plus que jen ai besoin. Jadore aussi en faire cadeau. Car au-delà de lobjet, jai le sentiment doffrir un espace de liberté et de créativité.

Dans quel cahier aimerais-tu te glisser ?

Spontanément, je pense à Léonard de Vinci, pour regarder par-dessus son épaule et voir sexprimer son génie créatif. Il a énormément pratiqué l’écriture quotidienne, même si beaucoup de ses notes ont été perdues. Plus généralement, les cahiers d’écrivains : y lire tout ce qui me permettrait de comprendre leur processus de création, comment se structure un roman, les phrases, le jeu avec les mots mintéresserait. Côté femmes, plonger dans les écrits d’Élisabeth Badinter ou de Romy Schneider, qui m’émeut beaucoup, me tenterait bien aussi !

Pour finir, comme le veut la tradition, peux-tu nous partager une phrase ou une citation inspirante ?

Celle qui maccompagne depuis quelque temps déjà est “Saute et le filet apparaîtra.”

Dans ma routine, jaime aussi ré-écrire chaque jour quelques phrases dont « je choisis le courage avant le confort » ou « il y a une solution à chaque chose ».

Mille mercis à Oriane davoir partagé pour les Jolis Cahiers son goût de l’écriture. Pour en savoir plus sur elle, vous pouvez visiter son site. Si la question du choix vous intéresse vous pouvez aussi :

Jespère que cette nouvelle interview vous aura donné envie dattraper un stylo et un cahier pour vivre la feel good paper théorie ! Si, comme Oriane, vous avez envie de me parler de vos cahiers, envoyez un message à contact@lesjoliscahiers.fr, jadore vous écouter !